Chers frères et sœurs, la personne de Jésus de Nazareth, né de la très sainte vierge Marie, n’est pas une personne figée en un bureau ou dans une cabane d’ermite, mais plutôt un homme de contact, ouvert à tous et sans discrimination de personne, n’ayant même pas peur de Satan. Je voudrais donc ce soir vous donner un aperçu de sa totale universalité et accessibilité dans l’histoire comme dans l’espace et dans la Bible. Ma question : ne lit-on pas une diversité de portraits et de narratifs au sujet de Jésus dans le Nouveau Testament. Le ‘second Adam’ est aussi le Messie juif, souffrant, secret, sauveur, Seigneur, Verbe incarné, crucifié, ressuscité, glorifié. Ouvert à l’international, à l’universel. Quels sont donc les approches historiques et accents particuliers, pluriels, du Fils de Dieu et du Fils de l’homme ? Je le ferai en huit points.
1° D’abord, Jésus est pluriel dans une approche théologique chrétienne. Jésus le Christ est toujours considéré comme une seule personne, la Personne du Christ, préexistant et incarné. Toutefois les conciles œcuméniques des premiers siècles, comme celui de Chalcédoine en 451, définissent un pluriel en ce sens que la Personne du Christ a deux natures : la nature divine du « Fils de Dieu » et la nature humaine semblable en tout à la nôtre, excepté le péché.
2° Dans cette nature humaine, Jésus est pluriel car il y a beaucoup d’hommes du nom de Jésus dans la Bible. Déjà l’Ancien Testament fait mention de plusieurs Jésus, dont l’un est par exemple un sage du IIe s. av. J.-C., Jésus fils de Sirakh, auteur du livre de la Sagesse, rouleau deutérocanonique (Si 50,27). * Et au premier siècle de l’ère chrétienne, c’est un prénom vraiment populaire. Il est assez courant, car environ 5% de la population juive porte ce nom. Il provient de deux mots hébraïques, « Yeho-shuà » qui signifie « Yahveh est salut » ou « Dieu sauve ». Avec d’une part la racine « Yah, Yo, Yeho ou Ye » utilisée pour dire Yahveh, Dieu, le Seigneur et d’autre part « shua » pour exprimer le salut. C’est dès avant sa naissance, lors de l’annonciation à Marie par l’ange Gabriel, que ce messager de Dieu lui demande d’appeler son fils « Jésus » (Luc 1,31). *** Jésus est bien pluriel de son vivant, comme nous le voyons lors du procès devant Pilate : il y a un ‘Jésus Barabbas’ meurtrier prisonnier, qui est explicitement cité par Matthieu (Mt 27,17, (Mc 15,7.11 ; Lc 23,18-19 ; Jn 18,40)), juste avant ‘Jésus appelé Messie’, cité dans le même verset (Mt 27,17.20-22), ou encore nommé ‘le roi des Juifs’ (Jn 19,39) en Jean, pour le distinguer de Barabbas.
3° Nous pouvons encore penser à la pluralité d’interprétations de la Parole de Dieu que Jésus, jeune homme, entendait. En effet, dans les synagogues des juifs, on lisait la ‘Torah’, la Loi de l’alliance, en langue hébraïque, par groupe de 3 versets ; ou les Prophètes, toujours en hébreu, par 5 versets consécutifs, à la suite desquels était toujours proposée une traduction, en langue araméenne, langue cousine, mais différente, car l’hébreu n’était plus compris par la plupart des habitants. Or cette traduction n’était pas toujours littérale et faisait place à des commentaires, appelés plus tard ‘Targums’. Ces interprétations ont été consignées par écrit au 1er siècle et on y voit par exemple que pour le mot hébreu « evêd », qui signifie ‘serviteur’, le targumiste a noté « talya », mot qui peut signifier aussi bien « serviteur » qu’« agneau ». Alors on peut se demander lequel des deux sens a-t-il été compris ou prêché par Jésus juste avant sa mort ? Surtout quand on pense au moment du repas pascal, ayant sous les yeux ‘l’agneau rituel’ avec la lecture des textes du « serviteur de Dieu » au livre d’Isaïe, qui offre une possible ambiguïté avec la figure d’« agneau de Dieu ». On peut ainsi dire que Jésus est théologiquement pluriel jusque dans sa prédication, sa ‘haggada’.
4° Jésus est encore pluriel dans son comportement, en tant qu’il est nomade, ou marcheur : il circule sans cesse du nord au sud sur une distance de 200 km, et d’est en ouest de Nazareth, sur une largeur de quelques 150 km. Les évangiles illustrent bien ceci quand on découvre ses enseignements si variés, soit ceux des paraboles agricoles – telle ‘le semeur et ses grains dans les différentes terres’ (en Mt 13,1-9), ‘le bon grain et l’ivraie dans le champ’ et celle de ‘l’arbre et ses fruits’ (en Mt 7,16-20) ou encore le ‘figuier et ses larges feuilles’ (en Mt 24,32) ou le ‘figuier stérile et le fumier’ (en Lc 13,6-9) – soit ceux des paraboles pastorales – telle ‘le mouton perdu et retrouvé’ (en Lc 15,3-7), ‘le berger qui sépare les moutons des chèvres’ (en Mt 25,32-33) et ‘la perle aux cochons’ (en Mt 7,6) – ainsi que la parabole du ‘filet jeté dans la mer’ (en Mt 13,47-50). Cette mobilité se découvre encore par le fait que Jésus apostrophe la ville sainte de Jérusalem depuis le mont des oliviers, avec la parabole de ‘la poule qui aime tant rassembler sa couvée sous ses ailes’ (en Lc 13,34-35 // Mt 23,37-39). Toutes ces paraboles montrent que Jésus est à la fois homme des campagnes et homme des villes. Des villes comme Bethléem, Jérusalem et Jéricho avant sa mission publique, sans compter son séjour en Egypte, proche de Gaza, et puis les villes et villages proches du lac de Galilée, comme Cana, Naïm, Bethsaïde, Magdala, Gennésareth et bien sûr Capharnaüm, où il a un pied-à-terre, la maison de Simon Pierre. Il y a lieu également de mentionner que Jésus parcourt les cités hellénistiques de la Décapole, situées de part et d’autre du fleuve Jourdain, comme Gadara ou Gérasa. En plus de sa fréquentation de l’oasis de Jéricho (Lc 18,35-43) et du désert de Judée alentour, comme l’illustre la parabole du ‘bon Samaritain’ (Lc 10,25-37). Jésus parcourt encore les monts de la haute Galilée, dont Césarée de Philippe et ceux du sud du Liban. Il passe à travers les régions côtières de Tyr et Sidon, ou sur le ‘chemin des crêtes’ par les collines de Samarie. Sans compter que Jésus, sortant des villages de Béthanie et Bethphagé demande à pouvoir monter un ânon lors de sa dernière entrée à Jérusalem, en humble roi de paix, ce que rapportent les 4 évangiles (Mt 21,2-5, Mc 11,1-7, Lc 19,28-36 et Jn 12,14).