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Répertoire
Philippe Henne
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Jeudi Saint

Jésus, seul au milieu de ses disciples : Jeudi Saint

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Mary Habsch (1931-2023), Le Christ dans la foule © collection privée

Voilà que Judas est sorti de la pièce et l’atmosphère devient encore plus pesante. Depuis le début du repas, rien ne se passait normalement. Les disciples le sentaient : Jésus n’était pas comme d’habitude. L’entrée à Jérusalem, il y a quelques jours, ne l’avait pas rempli de joie comme on aurait pu s’y attendre. Bien au contraire ! Il semblait plus renfermé, plus soucieux, presque angoissé. Personne parmi les apôtres n’avait osé l’interroger sur ses sentiments. Il avait trop peur de le déranger.

Et c’est vrai que Jésus était bien sombre. Il se sentait seul, si seul au milieu de ses disciples. Il les avait pourtant bien prévenus. S’il était maintenant à Jérusalem, c’était pour être arrêté et mis à mort, mais les apôtres ne l’avaient pas cru. La foule pourrait-elle arrêter Jésus et le condamner à mort alors qu’elle avait vu tant de miracles réalisés et qu’elle avait manifesté tant de joie de le voir entrer dans la ville sainte.

Jésus était comme un homme qui venait d’apprendre qu’il avait un cancer et qu’il avait peu de chances d’en réchapper.

Il avait à l’intérieur du ventre cette boule qui lui faisait mal : c’était la peur, l’angoisse de la souffrance et de la mort. Et cela, Jésus n’arrivait à la faire partager. Les disciples continuaient leur vie comme d’habitude, comme des enfants qui joueraient dans la cour de récréation sans se rendre compte qu’il y avait là à côté d’eux quelqu’un qui souffrait et qui avait peur de la mort.

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Pieter Coecke van Aelst, La dernière Cène, Metropolitan Museum of Art (New-York, USA) |via Wikimedia Commons

C’était là sans doute le point le plus douloureux pour Jésus : être là au milieu de ses apôtres qui voulaient rire et s’amuser alors que lui était tellement oppressé par la perspective de vivre les prochaines heures de sa propre vie terrestre. Et personne pour l’écouter, l’entendre et le comprendre. D’ici quelques heures, les apôtres s’endormiront dans le Jardin des Oliviers alors que Jésus connaîtra l’angoisse devant la coupe de souffrances qui passera devant lui.

Mais Jésus est comme les mères de famille qui, tous les jours, reprennent courageusement le travail ingrat de la cuisine et des lessives.

Nul n’y fait attention et pourtant c’est tous les jours le même ouvrage, la même fatigue assumée non pas par devoir ou par obligation, mais par amour et par dévouement. De la même façon qu’une maman se lève la nuit parce que son enfant se met à pleurer, ainsi le Christ partage le pain avec ses amis et même le transforme en son propre corps.

Car Jésus ne fait pas les choses à moitié. Quand il aime, c’est jusqu’au bout et avec tout son coeur, même s’il le fait dans l’indifférence ou l’incompréhension générale. Il se dit : « Ils ne comprennent pas maintenant. Ils comprendront plus tard, et alors ils feront comme moi. »

Prions Dieu afin que, pendant ces journées cruciales de la Semaine Sainte, nous puissions ouvrir notre coeur et notre esprit à tous les gestes d’amour accomplis par Jésus et par tant de personnes qui nous entourent.

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Mystères lumineux, jardin du Rosaire de l'église Saint-Dominique, Londres (UK) © Lawrence Lew, OP