Voilà que Judas est sorti de la pièce et l’atmosphère devient encore plus pesante. Depuis le début du repas, rien ne se passait normalement. Les disciples le sentaient : Jésus n’était pas comme d’habitude. L’entrée à Jérusalem, il y a quelques jours, ne l’avait pas rempli de joie comme on aurait pu s’y attendre. Bien au contraire ! Il semblait plus renfermé, plus soucieux, presque angoissé. Personne parmi les apôtres n’avait osé l’interroger sur ses sentiments. Il avait trop peur de le déranger.
Et c’est vrai que Jésus était bien sombre. Il se sentait seul, si seul au milieu de ses disciples. Il les avait pourtant bien prévenus. S’il était maintenant à Jérusalem, c’était pour être arrêté et mis à mort, mais les apôtres ne l’avaient pas cru. La foule pourrait-elle arrêter Jésus et le condamner à mort alors qu’elle avait vu tant de miracles réalisés et qu’elle avait manifesté tant de joie de le voir entrer dans la ville sainte.
Jésus était comme un homme qui venait d’apprendre qu’il avait un cancer et qu’il avait peu de chances d’en réchapper.
Il avait à l’intérieur du ventre cette boule qui lui faisait mal : c’était la peur, l’angoisse de la souffrance et de la mort. Et cela, Jésus n’arrivait à la faire partager. Les disciples continuaient leur vie comme d’habitude, comme des enfants qui joueraient dans la cour de récréation sans se rendre compte qu’il y avait là à côté d’eux quelqu’un qui souffrait et qui avait peur de la mort.