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Répertoire
Philippe Henne
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Dimanche des Rameaux

Comment vivre avec fruit cette période avant Pâques ? Telle est la première question qui devrait nous préoccuper.

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Jeunes filles aux Rameaux, Seraphima Blonskaya (1870 - 1947), via Wikimedia Commons

Il serait dommage de passer cette semaine, en subissant les offices comme une contrainte supplémentaire aux activités habituelles.

Un bon moyen de profiter de cette période est d’essayer de la vivre comme les témoins de cette époque.

Quand on veut goûter le mystère d’une page d’évangile ou d’une célébration liturgique, il est parfois bon de vouloir la vivre en se mettant dans la peau des personnages présents à ce moment-là. On vit cet événement pas seulement de façon intellectuelle, mais aussi et surtout avec émotion et spiritualité.

La question se pose alors de savoir quelles furent les personnes qui participèrent à tous ces événements, de l’entrée triomphale à la crucifixion et à la résurrection. La réponse est toute simple, mais souvent négligée. Ce sont les femmes qui furent présentes à chacun de ces moments, discrètes, mais présentes.

Elles étaient là, autour de Jésus, quand il entra triomphalement à Jérusalem. Elles n’étaient pas tout près de lui, car les apôtres et les disciples ne laissaient pas les autres s’approcher de Jésus. Regardez ! Ce sont eux qui voulaient repousser les enfants. Ce sont eux qui ont voulu faire taire l’aveugle qui appelait Jésus à l’aide. Les apôtres, comme les disciples, avaient tendance à s’accaparer de Jésus. Il était pour eux tout seuls.

Les femmes restaient à distance, mais jamais trop loin.

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Quatrième station, église Saint Thomas d'Aquin, Glendale (USA, Arizona) © Lawrence Lew, OP


Ce furent d’autres femmes que Jésus rencontra dans les mêmes rues de Jérusalem quelques jours plus tard. Il portait la croix. Il était tombé pour la deuxième fois. Il croisa les femmes de Jérusalem qui pleuraient. Jésus fut ému non par leur sympathie, mais par le triste sort qui les menaçait : bientôt la ville serait prise par les Romains et les habitants seraient brutalisés, réduits en esclavage ou mis à mort brutalement. Mais elles étaient là, dans un coin, le long du chemin de croix.

Elles étaient encore là, le Vendredi soir, lorsque Joseph d’Arimathie vint chercher le corps de Jésus et le déposa dans une tombe voisine. Elles étaient restées à l’écart, parce que ce n’était pas leur place. Ce n’était jamais leur place d’être à côté de Jésus. Alors, de loin, elles observèrent où les hommes avaient déposé le corps et, la nuit, elles préparèrent des parfums et des aromates.

Cette fidèle présence fut récompensée car elles furent les premières à trouver le tombeau vide et la pierre roulée sur le côté. Elles coururent l’annoncer aux apôtres, mais on ne voulait pas les croire. C’est ce que les disciples d’Emmaüs reconnurent, la tête baissée.

Toutes ces femmes nous donnent le témoignage de la fidélité vécue dans l’indifférence ou le mépris.

Pour elles, le mot attachement voulait dire quelque chose. À nous de le redécouvrir.

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Femmes au tombeau, mosaïque de Sant'Apollinare Nuovo, Ravenne (IT) © Lawrence Lew, OP